histoire
2000
Moussem voit le jour en même temps que le nouveau millénaire… En 2000 émerge un vaste projet culturel, local, participatif, aux objectifs aussi clairs qu’ambitieux qui vise à faire découvrir toute la richesse de la culture marocaine, alors réduite à de simples manifestations superficielles. Il faut que les stéréotypes cèdent la place à des récits fondés sur des contenus et/ou créés par des artistes liés à l’Afrique du Nord ou au Maghreb. Sous le nom de « Moussem festival », des amis, des membres de la famille, des bénévoles et diverses organisations travaillent de concert à l’élaboration d’un programme accessible mêlant poésie, cinéma, musique, arts plastiques et littérature.
De 2003 à 2007, Moussem réside au CC Berchem (entre-temps rebaptisé c o r s o). C’est aussi à cette époque que remonte le début d’une collaboration durable avec Bozar, toujours avec les mêmes ambitions et objectifs : remettre en question le « canon » culturel et permettre au public des maisons d’art et de culture de voir se refléter la réalité urbaine dans toute sa diversité. L’exposition Sans titre au M HKA (2007) a sans conteste marqué un tournant historique : pour la toute première fois dans l’histoire de cette institution flamande, elle a exposé et acquis pour la collection permanente des œuvres d’artistes contemporains nord-africains.
2008
La Communauté flamande attribue à Moussem le statut de centre d’art aux activités (inter)nationales, sans siège fixe – il est donc nomade. Cette reconnaissance permet au fonctionnement de Moussem de s’étendre au champ artistique flamand et européen, de réaliser des (co)productions et de nouer des partenariats internationaux dans les domaines du théâtre, de la littérature et de la musique. Au-delà de toutes ces activités, le monde arabe et ses liens avec la diaspora en Flandre restent cependant le fil conducteur artistique, de même que la recherche de nouvelles formes de création et de programmation. D’où l’émergence de formats tels que Moussem Club, la caravane des écrivains flamands marocains, les salons littéraires arabes multilingues, les journées familiales ou les soirées Nuff said (2008-2010) où aussi bien des dilettantes, des professionnels expérimentés que des jeunes talents peuvent présenter leur travail dans les domaines de la littérature, de la musique, de la vidéo et du stand-up.
2011
Moussem met en place différents formats de concerts annuels, tels que Sufi Night et Moussem Sounds, ainsi que des séries thématiques comme Tarab ou Qanun Dialogue. Ces initiatives introduisent de nouveaux artistes et styles musicaux sur les scènes musicales flamandes et bruxelloises, et promeuvent ainsi la diversité des expressions musicales contemporaines non occidentales en dehors des circuits consacrés – ce qui trouve un large écho auprès de différentes diasporas.
Avec le projet moussem.eu, Moussem exporte sa vision au-delà des frontières nationales, en collaboration avec des partenaires internationaux. Le projet affiche une offre considérable de productions et de créations internationales sur différentes scènes européennes, et des tournées allant de La Haye à Belgrade.
Parallèlement, Moussem reste ancré à Anvers en tant que plateforme citoyenne, qui réunit jeunes et moins jeunes pour des projections de films, des concerts, des performances, des ateliers et des lectures de poésie, au fil des Moussem Festivals successifs. Boom Boom Pow (2010-2013), un événement bimestriel destiné au jeune public, propose un programme composé de rap, de hip-hop, de slam et de danse urbaine. Entre 2013 et 2014, Moussem organise De Deugdzame Stad [la ville vertueuse], une série de soirées-débats sur le vivre ensemble dans la ville, avec ses différentes communautés et convictions. Au programme des philosophes, des réalisateurs et des jeunes.
2014
Après près de quinze années passionnantes à Anvers, l’appel de Bruxelles se fait si fort que Moussem choisit en 2014 d’opérer à partir de la capitale européenne. Au fil des ans, Moussem a d’une part constitué un réseau sans cesse croissant d’artistes, de programmateurs et autres figures phares du monde culturel, tant en Belgique qu’à l’étranger et, d’autre part, a mis en place une politique de soutien bien pensée pour les artistes, tout en continuant à rechercher des formes de présentation dynamiques pour atteindre un large public.
2016
Partant du constat que, dans le monde entier, les villes sont le moteur de l’innovation, Moussem lance le festival multidisciplinaire Moussem Cities à Bruxelles. La première édition est le fruit d’une collaboration avec Bozar et la Maison des Cultures et de la Cohésion sociale de Molenbeek-Saint-Jean. Bruxelles invite Tunis. Des artistes tunisiens témoignent, après la « révolution de jasmin », de l’état d’avancement de la démocratie dans leur pays. Tunis inaugure ainsi une première série d’explorations culturelles urbaines et de rencontres, qui met à profit le contexte d’une métropole et des collaborations permanentes et temporaires avec des partenaires bruxellois pour donner de la visibilité à une scène artistique. Les éditions suivantes de Moussem Cities mettront en lumière l’effervescence culturelle et artistique de Beyrouth (2017), Casablanca (2018), Damas (2019), Alger (2020), Dakar (2022), Téhéran (2023) et Istanbul (2025).
2018
Moussem reçoit le Prix flamand de la culture, l’Ultima des arts du spectacle vivant. Le projet Moussem Collection mis sur pied en partenariat avec le M HKA (Anvers) et Mu.Zee (Ostende) porte sur des questions relatives à l’art spolié sous le colonialisme, au pouvoir des institutions artistiques et à la représentation dans le paradigme culturel de demain. Les expositions d’artistes vont de pair avec l’acquisition de leurs œuvres pour la collection permanente des musées, dans le sillage du projet initié avec l’exposition Sans titre au M HKA en 2007. Avec Moussem Vitrine et Moussem Gallery (2017-2021), les bureaux de Moussem, situés dans la galerie Ravenstein, au cœur de Bruxelles, font office d’espace d’exposition pour présenter des œuvres d’arts plastiques aux milliers de passants urbains qui traversent chaque jour l’atrium.
2019
Moussem acquiert son propre lieu de travail, dans le quartier de Cureghem à Anderlecht, mais reste fonctionner de manière nomade à travers des partenariats. L’avantage de cet ancrage local est que, désormais, Moussem peut davantage s’engager pour et avec les habitant·es du quartier, et accorder une attention particulière à une jeunesse urbaine diverse. Ainsi, Moussem réalise, en collaboration avec différents partenaires, des productions de théâtre jeune public, car celui-ci nécessite tout autant de nouveaux contenus et de nouveaux modèles. Avec Moussem Repertoire, Moussem introduit des textes de théâtre arabes dans le paysage théâtral néerlandophone en les faisant traduire et publier en néerlandais. La série Islam et pensée critique met, quant à elle, en lumière la diversité des voix critiques au sein de l’islam.
2020
Moussem étend sa focalisation sur la région SWANA (Afrique du Nord et Asie du Sud-Ouest) vers la réalité de l’hyperdiversité de Bruxelles. Le fonctionnement ne se concentre plus exclusivement sur des artistes et des contenus « ayant une ouverture vers ou un lien avec le monde arabe ». Nous mettons désormais l’accent sur un échange international de contenu, mais l’abordons à partir du contexte métropolitain de Bruxelles, de la Flandre et de la Belgique. La composition démographique de la ville, avec ses différentes diasporas, constitue le point de départ de notre réflexion sur cet échange et de notre choix d’artistes et de thématiques. Cela se traduit, entre autres, par un fonctionnement axé sur le développement, la production et la présentation de projets dans le domaine des arts plastiques et visuels et des arts du spectacle vivant. S’appuyant sur un programme de résidences très élaboré et sur des partenariats à long terme avec des institutions artistiques (inter)nationales, Moussem investit dans le développement structurel des artistes et de leur pratique.
2024
La mobilité mondiale – les liens avec la migration et la diaspora mondiale, en particulier celle du Maghreb – est inscrite dans l’ADN de Moussem. Quinze ans après l’exposition RENCONTRE, organisée à Rabat en partenariat avec le M HKA, et soixante après « l’accord bilatéral d’échange de main-d’œuvre » conclus entre la Belgique et le Maroc, Moussem présente simultanément à Tanger et à Oujda Moussem Belgica – Transnational Stories. Moussem opte pour ces deux principales régions d’émigration du Maroc sur le plan historique, pour y présenter des récits transnationaux. Le programme comporte les arts plastiques, la littérature et le cinéma d’artistes aux racines transnationales marocaines. Outre les présentations des œuvres, des rencontres et des débats sont organisés dans les deux villes.
2025
Moussem en mouvement : le lieu de travail et de résidence à Anderlecht fait l’objet d’une rénovation en profondeur et d’un agrandissement. Le bureau gantois d’architecture Studio Moto se charge de la conception et le bureau bruxellois Bauclub en assure la réalisation. Pendant les travaux, toutes les facettes du fonctionnement artistique de Moussem seront réparties sur deux sites différents ; nous poursuivrons notre rôle interculturel et fédérateur de manière nomade, littéralement entre le centre et la périphérie du paysage artistique bruxellois.
Sous le nom de Communities, les différentes activités communautaires que Moussem organise avec les habitants du quartier d’Anderlecht s’y enracinent en tant que projet permanent. La participation culturelle locale devient un élément important de l’histoire de Moussem : une facette logique de son fonctionnement qui s’articule autour de l’urbanité, de la contemporanéité et de la pluralité des récits.